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Décider, n'est-ce pas savoir dire non ?

par Richard Amalvy - 09/11/2013 16:25


Appel du 18 juin. Il est parfois nécessaire de se lever et de dire « non. » Est-ce de l’audace, de l’impétuosité, ou est-ce simplement la lucidité face à l’intérêt supérieur qui commande de changer de ton ? Combien de leaders désespèrent de ne pas voir le bien commun au centre de l’action quand la vision de l’avenir est dégradée par la paresse des ventres mous ? Combien de dirigeants souffrent de voir se substituer au pragmatisme efficace le confort servile de la bureaucratie ? Et ceux qui ne décident rien, que pensent-ils ? N’ont-ils pas ce « non » parfois au bout des lèvres, comme une tentation paradoxale d’affirmation de soi ?

Ce qui m'inspire chez de Gaulle, c'est l’extrait d’un livre paru en 1932, Le fil de l'épée. Il y déploie avec prémonition sa vision de la contingence dans l'action et le rôle pris alors par ce qu’il appelle « l'homme de caractère ». En voici un extrait : « Face à l’événement, c'est à soi-même que recourt l'homme de caractère. Son mouvement est d'imposer à l'action sa marque, de la prendre à son compte, d'en faire son affaire. Et loin de s'abriter sous la hiérarchie, de se cacher dans les textes, de se couvrir de comptes rendus, le voilà qui se dresse, se campe et fait front. Non qu'il veuille ignorer les ordres ou négliger les conseils, mais il a la passion de vouloir, la jalousie de décider. Non qu'il soit inconscient du risque ou dédaigneux des conséquences, mais il les mesure de bonne foi et les accepte sans ruse. Bien mieux, il embrasse l'action avec l'orgueil du maitre, car s'il s'en mêle, elle est à lui ; jouissant du succès pourvu qu'il lui soit dû et lors même qu'il n'en tire pas de profit, supportant tout le poids du revers non sans quelque amère satisfaction. Bref, lutteur qui trouve au-dedans son ardeur et son propre argent, l'homme de caractère confère à l'action la noblesse ; sans lui morne tâche d'esclave, grâce à lui jeu divin du héros ».

Ce livre devrait être au programme des écoles de management. Beaucoup sont formés à gérer et à administrer, mais peu sont prêts à affronter le risque et bien moins à le prendre, quand la solution est au bout de l’audace. Il faut donc inculquer la loyauté vis-à-vis de l’intérêt supérieur, la passion dans la volonté, le refus de la résignation devant l’adversité, la vaillance face à l’effondrement, et pourquoi pas le panache teinté de tempérance puisqu’il faut savoir rester droit avec sobriété quand tout le reste chancelle.

Richard Amalvy



© Richard Amalvy - 2013